Dans le cadre de sa programmation ARTE Regards, la chaîne de télé a diffusé le documentaire “Russie, un félin à tout prix”. 

Commentaire de Jean-Marc Gancille :

Encore un reportage édifiant qui montre un autre versant du trafic d’animaux sauvages alimenté pour des motifs futiles.

Il n’y a malheureusement pas qu’en Russie que les félins servent de jouets à des particuliers narcissiques. Alors que les guépards s’arrachent dans les Emirats et finissent une vie misérable dans des appartements luxueux nourris aux friandises, au Pakistan, les lions sont devenus les animaux de compagnie les plus prisés. Importés par des businessmen pour quelques milliers d’euros, sans aucun contrôle des autorités, ils sont vendus à des particuliers qui les détiennent en captivité dans des conditions sordides. Rien qu’à Karachi il y aurait plus de 300 fauves encagés chez des particuliers.

Aux Etats-Unis, la tendance est similaire. La folie américaine des tigres est particulièrement symptomatique de l’ampleur de ces dérives. Les tigres sont aujourd’hui plus nombreux en captivité aux États-Unis qu’à l’état sauvage dans le monde entier. Entre 5.000 et 10.000 tigres y sont détenus chez des particuliers ou dans des petits zoos contre 4.000 seulement dans le milieu naturel. Aucune loi fédérale ne régule leur détention, aussi des éleveurs professionnels disposant d’un simple permis d’élevage d’animaux (qui ne précise pas d’espèce !) approvisionnent le marché. La demande du public ne tarit pas dans les parcs d’attractions où la clientèle peut caresser, nourrir au biberon et se prendre en photo avec des bébés tigres qui passent de main en main pendant dix heures d’affilée. L’activité est légale et le commerce juteux. Une photo rapide ou cinq minutes de câlin se paie entre 10 et 100 dollars. Sous couvert de participer par cette contribution à sauver les tigres à l’état sauvage, les visiteurs posteront fièrement des selfies sur les réseaux sociaux. Ils ignorent que ce bébé a été arraché à sa mère peu après sa naissance, que celle-ci est contrainte de mettre bas trois portées par an (contre une portée tous les deux ans en milieu naturel) dans des “fabriques à tigres” où beaucoup sont mal nourris. Les bébés tigres atteignent leur « date limite de consommation » à 3 ou 4 mois : ils sont alors trop gros et dangereux pour être caressés. Les uns deviennent alors des reproducteurs ou des bêtes de foire. D’autres disparaissent, tout simplement.

Certains cirques et zoos sans scrupules n’hésitent pas à fournir illégalement des animaux pour satisfaire la nouvelle vogue des animaux exotiques de compagnie qu’alimentent les photos publiées sur les réseaux sociaux par certains “peoples” en vue. Vendus comme cadeaux, loués pour des événements privés, exhibés sur des plateaux télés, des fauves et des primates apeurés passent de bras en bras et subissent un stress continuel sous l’objectif des caméras. Beaucoup d’entre eux finiront affamées et maltraitées par des propriétaires incapables d’en prendre soin, à l’instar du lionceau déshydraté trouvé dans une voiture de location de luxe sur les Champs-Elysées ou des cinq autres fauves saisis dans des garages, des appartements et des jardins français à Noisy, Champigny, Valenton, Marseille, ou au Havre en 2018. Pour une demi-douzaine de félins trouvés, combien vont croupir dans des hangars ? Ces pratiques irresponsables alimentent la demande et encouragent un trafic sordide sur des espèces déjà vulnérables.

Texte de Jean-Marc Gancille, extrait du livre “Carnage” aux éditions Rue de l’échiquier, parution Sept. 2020.

Crédit Photos ARTE.tv

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