REWILD répond à L'Association Française des Parcs Zoologiques (AFdPZ)

REWILD répond à L’ Association Française des Parcs Zoologiques (AFdPZ)

Dans un récent communiqué l’AFdPZ déclare : « Le Zoo de Pont-Scorff, établissement qui connaît des difficultés financières depuis de nombreux mois, est actuellement sous les feux des projecteurs. L’AFdPZ tient à préciser que suite à une visite de membres du Conseil d’Administration de l’AFdPZ au Zoo de Pont-Scorff le vendredi 5 avril 2019, un courrier de mise en demeure avec une demande de mise en conformité pour des raisons de sécurité et de bien-être animal lui a été adressé. En effet, de nombreux points relevés ne correspondaient pas à l’éthique de l’AFdPZ et aux standards des parcs zoologiques modernes. Nous serions heureux qu’une éventuelle reprise permette l’amélioration rapide de ce parc. »

En effet, la coalition récupère un établissement où les animaux sont pour beaucoup maintenus dans des conditions indignes et loin de satisfaire à leurs besoins naturels les plus élémentaires.

La situation financière du zoo, l’état des installations et des animaux qui y sont confinés ne datent pas de ces derniers mois et sont connus depuis longtemps de l’AFdPZ. Pour cause, la capacitaire du zoo de Pont Scorff, entre mai 2013 et mai 2019 et donc au moment de la visite de l’AFdPZ n’était autre que la vice présidente de l’AFdPZ. En tant que capacitaire, elle est la seule légalement responsable des animaux, de leurs soins, de leurs conditions de détention et des orientations zoologiques transmises à l’ensemble du personnel.

C’est bien la vice présidente de l’AFdPZ qui, après l’euthanasie des otaries du zoo pour cause de tuberculose, les a remplacées par des phoques maintenus dans des installations inadaptées engendrant des pathologies graves qui ont entrainées la mort de l’un d’entre eux. C’est encore elle qui a validé le maintien de ces animaux marins dans de l’eau douce chlorée, ce qui en soi, constitue un délit au titre de la règlementation sur les établissements zoologiques.

Même constat pour les manchots du Cap, dont une partie tourne en rond dans un espace de 4 mètres carrés. Nous avons relevé de nombreux autres manquements à la législation sur le bien-être animal qui ne figurent pas dans le rapport de visite de l’AFdPZ sur l’état du zoo.

Concernant le bien-être animal, le cas du zoo de Pont-Scorff n’est hélas pas une exception. Enclos trop petits, vieillissement prématuré, obésité morbide, stéréotypie, troubles du comportement et autres pathologies provoquées par la captivité nécessitent la création d’une médecine spécialisée dans le soin de ces maladies. Ex : (https://www.zoopsy.com/dupv/) Elles sont légion dans le monde des zoos.

Rewild est en train de réaliser un audit interne de l’ensemble de l’établissement ainsi qu’un bilan de santé complet de tous les animaux. Des manquements inquiétants dans l’identification de certains animaux ont d’ores et déjà été relevés. Toute infraction constatée donnera lieu à un signalement auprès du Procureur de la République de Lorient.

Enfin, contrairement à ce qu’affirme l’AFdPZ, en rachetant ce Zoo, Rewild ne fait pas une reprise d’activité stricto sensu puisque le lieu n’exposera plus au public des animaux maintenus captifs. Dès lors, même si les investissements financiers restent importants pour la reconfiguration du site, ils sont loin des investissements estimés nécessaires par l’AFdPZ.

CONTRIBUTION FINANCIÈRE DES ZOOS DANS LA CONSERVATION DE LA BIODIVERSITÉ

Il est vrai que la conservation de la biodiversité et le bien-être animal devraient être les priorités des zoos aujourd’hui. Or la contribution des zoos à la conservation, bien que règlementairement obligatoire, est anecdotique dans les faits. La participation financière des zoos, en particulier celle de l’AFdPZ, aux programmes de conservation in-situ, ne représente qu’une infime partie de leurs bénéfices nets annuels.

L’AFdPZ déclare sur son site internet avoir contribué en 2017 à 17 programmes de conservation in situ dans 15 pays pour un montant total de 70 000 Euros soit seulement 4000 euros en moyenne par programme. http://www.afdpz.org/index.php…

En 2018, les 14 zoos les plus fréquentés de France ont accueilli près de 7 millions de visiteurs, avec en tête le zoo de Beauval qui a totalisé à lui seul près de 1,6 millions de visiteurs. Grâce à ce succès commercial, le zoo a engrangé un bénéfice net de 4,5 millions d’euros.

Monsieur Delors, Directeur du Zoo de Beauval et Président de l’AFdPZ, déclare dans son communiqué que « les zoos sont fortement engagés financièrement et humainement dans la conservation de la biodiversité ». Or, d’après le rapport d’activité de l’Association Beauval Nature, en 2017 et en 2018, le zoo de Beauval n’a pas reversé un seul euro à la conservation malgré un bénéfice net sur cette période de plus de 8 millions d’euros. http://www.beauvalnature.com/…/rapport_activites_beauval_na…

Sur les trois dernières années, les fonds alloués par Beauval à la Conservation représentent en moyenne 1.23 % de ses bénéfices nets et 0.06 % de son chiffre d’affaire. Un ratio à l’image de la « Maison de la conservation » au sein du zoo. Cet espace dédié à la disparition des espèces n’occupe que 4m² au sol, sur une surface totale de 40 hectares.

Dans le même temps, le zoo a néanmoins investi 8 millions d’euros dans la construction d’une télécabine qui permet aux visiteurs de survoler le zoo et a par ailleurs investi 42 millions d’euros dans ses hôtels pour une capacité d’accueil de 1 400 lits. Le comble veut que l’EAZA (European Association of Zoos and Aquaria) dont dépend l’AFdPZ reproche à Rewild de « gaspiller » 600 000 euros de dons qui auraient pu servir à de « vrais » programmes de conservation.

LES PROGRAMMES D’ÉLEVAGE DANS LES ZOOS

Si l’AFdPZ revendique une collaboration avec l’UICN, elle n’en est pas pour autant membre expert mais membre adhérent, au même titre que la Fédération Nationale des Chasseurs. L’adhésion de l’AFdPZ à l’UICN n’est donc pas un gage d’expertise, ni de maîtrise des problématiques de conservation des espèces.

80% des espèces présentes dans les zoos ne sont pas menacées, selon la terminologie et les critères de l‘UICN et ne nécessitent donc, ni d’être maintenues en captivité, ni de faire l’objet de programmes d’élevage.

De l’aveu même de l’EAZA, entre 3000 et 5000 animaux issus des programmes d’élevage sont euthanasiés chaque année parce que considérés en « surplus » ou jugés « inutiles » à la conservation.

Les réussites très relatives des zoos en matière de conservation doivent être mises en balance avec le mal-être animal, les pathologies inhérentes à la captivité et les animaux sauvages qui continuent d’être capturés dans la nature.

En effet, l’AFdPZ déclare que « les animaux des zoos, sont tous nés en parcs zoologiques ». C’est faux. La base de données CITES, consultable en ligne, montre qu’un nombre conséquent d’oiseaux, reptiles, mammifères terrestres et marins, espèces menacées incluses, sont capturés dans leur milieu naturel et expédiés vers des zoos, y compris des zoos français.

Enfin, préserver la biodiversité signifie entre autres préserver la diversité génétique des espèces. Là encore, les résultats des zoos et de leurs programmes d’élevage ne se révèlent malheureusement pas probants.

Une étude parue dans la revue scientifique Science dès 1979, mettait déjà en évidence que le manque de diversité génétique des animaux captifs sur lesquels reposent les programmes d’élevage des zoos, hypothèque leur succès. Depuis, des publications plus récentes confirment que très peu de progrès ont été faits.

Il faut noter qu’au sein de ces programmes d’élevage, plus les espèces sont rares (et leur valeur patrimoniale importante), plus les risques de consanguinité sont élevés. Ainsi, l’okapi, girafidé d’Afrique centrale est un exemple symptomatique du décalage entre le discours des zoos et la réalité. 10 okapis sont détenus en France dans 4 zoos. La totalité de ces 10 animaux ont des ascendants en commun sur plusieurs générations.

Le cheval de Przewalski, un des emblèmes des zoos pour illustrer leur contribution à la conservation des espèces est en passe de devenir aussi le symbole de de leur incapacité à compenser les carnages dont ils sont historiquement responsables. En effet, rappelons que c’est pour répondre aux commandes des zoos que des groupes entiers de ces chevaux sauvages originaires de Mongolie ont été massacrés au siècle dernier. Les adultes étant tués afin de récupérer les poulains, comme ce fut le cas pour les gorilles entre autres. Seuls 28 poulains arrivèrent vivants et la population actuelle est entièrement issue de 13 individus entrainant de gros problèmes de consanguinité. 92% des Przewalski survivants aujourd’hui, souffrent d’anomalies faciales due à une malformation des os du crâne et des dents qui ne sont plus alignées. Leur espérance de vie est réduite de moitié et une forte mortalité des jeunes compromet grandement le succès de ces réintroductions.

LE RÔLE DES ZOOS DANS L’EDUCATION DU PUBLIC

Il y a matière à débat quant au rôle joué par les zoos en matière d’éducation du public. En effet, plusieurs articles et rapports scientifiques mettent en doute leur intérêt. Que peut-on espérer apprendre du monde sauvage devant un animal captif, amputé de son environnement et de ses comportements naturels? Quel rôle éducatif sur la nature et la faune sauvage joue un spectacle d’otaries dans un bassin d’eau douce chlorée, une panthère qui fait les cent pas de l’autre côté de la vitrine, des animaux aux formes et aux couleurs artificiellement sélectionnées dans un programme d’élevage et qui n’existent pas dans la Nature?

GESTION DES PROGRAMMES D’ÉLEVAGE PAR LES ZOOS ET PROPRIÉTÉ DES ANIMAUX

Dans les faits, l’EAZA ne fait que coordonner d’une certaine façon des plans d’élevages européens en nommant des gestionnaires par espèce qui font en sorte d’assurer un suivi des populations captives. C’est dans ce cadre que les animaux détenus peuvent être inscrits dans ces programmes. Cela ne fait en aucun cas de ces programmes l’entité propriétaire des animaux.

En effet, les animaux dans un zoo font partie de l’actif de la société commerciale et en droit fiscal, les actifs ont obligatoirement une valeur comptable surtout quand ils permettent le dégagement du chiffre d’affaire. En ce qui concerne le zoo de Pont Scorff seuls 10 individus sur 560 n’appartiennent pas au zoo (ils ont été prêtés par d’autres zoos). Toutes les autres sont sa pleine propriété.

DES RÉINTRODUCTIONS TRÈS CONTRÔLÉES

Les experts de l’équipe de Rewild et de son réseau sont bien conscients que les réintroductions à partir d’animaux reproduits et élevés en captivité sont une entreprise complexe qui nécessite une volonté et des moyens. Ils doivent être un objectif prioritaire et non servir de justification à l’existence d’une entreprise commerciale.

Les animaux concernés par les réintroductions sont nés dans des élevages conservatoires dont le cheptel peut être constitué d’animaux en provenance de zoos. Mais depuis que les zoos existent, très peu de réintroductions à partir d’animaux issus de ces établissements ont été réalisées. On peut louer les efforts de certains de ces établissements, la plupart anglo-saxons, mais globalement, si les résultats sont si faibles, cela peut s’expliquer par des négligences historiques (consanguinité et hybridation) et par l’investissement financier dérisoire que les zoos consentent à injecter dans la conservation.

Avec infiniment moins de moyens que les zoos, des structures parmi les fondateurs de Rewild (Centre Athénas notamment) ont procédé à l’élevage (à la main) et au relâché de plus de 17 000 animaux sauvages (oiseaux et mammifères) dans le cadre de renforcement de populations ces 30 dernières, soit bien plus que l’ensemble des zoos européens.

Autre illustration que le relâché en milieu naturel d’animaux nés en captivité est possible, le lynx ibérique, félin le plus rare du monde a été sauvé de l’extinction uniquement grâce à des élevages conservatoires fermés au public, à contre-courant des méthodes d’élevage des zoos de l’AFdPZ. Le dogme qui consiste à dire que tout animal né en captivité mourra en captivité ne tient que sur un a priori confortable qui permet d’éviter de déployer les efforts nécessaires aux réintroductions.

CONTRIBUTION DES ZOOS À LA LUTTE CONTRE LE TRAFIC D’ESPÈCES MENACÉES

Dans son communiqué, Rodolphe Delors déclare que “Tous les ans, les zoos français fournissent un hébergement de qualité auprès d’experts de la faune sauvage à plusieurs centaines d’animaux saisis en détresse. »

Récupérer gratuitement des animaux à forte valeur patrimoniale issus des trafics constitue une aubaine pour les zoos, bien plus qu’un service rendu. Ils enrichissent ainsi leur collection et compensent la mortalité et le vieillissement prématuré des animaux, inhérents aux conditions de captivité. Avec un coût moindre, ils peuvent ainsi exposer au public des animaux souvent à forte valeur patrimoniale et financière et augmenter le chiffre d’affaire de leur établissement.

REWILD propose de récupérer ces animaux non pas pour les exposer au public et en tirer un bénéfice, mais pour travailler à leur réhabilitation et leur retour à la nature ou en sanctuaire sécurisé.

Enfin, que l’AFdPZ ait déposé une motion pour le congrès mondial de la Nature 2020 de l’UICN visant à élever ce type de trafic au rang de crime grave n’est pas un accomplissement en soi dans la lutte contre le trafic d’espèces. Ce dernier est en effet déjà largement considéré comme tel, à juste titre et depuis longtemps, par les principales ONGs de conservation, les organisations internationales, et les agences gouvernementales du monde entier. L’AFdPZ enfonce donc là une porte ouverte. Dans le même temps sa ‘grande sœur’, l’EAZA (European Association of Zoos and Aquaria) s’est opposée au passage en Annexe I de l’éléphant d’Afrique (Loxodonta africana) des populations du Botswana, de la Namibie, du Zimbabwe et de l’Afrique du Sud, lors de la dernière COP (Conférence des Parties) de de la CITES, refusant ainsi la possibilité d’interdire la commercialisation des éléphants de ces populations sauvages. Il faut savoir qu’aujourd’hui encore, de nombreux éléphanteaux sont arrachés illégalement à leur mère dans la Nature pour alimenter les zoos du monde entier (en transitant le plus souvent par la Chine).

RewildTheWorld

Photo : un des manchots du Cap du zoo de Pont Scorff ( illégalement maintenu en eau douce) qui bénéficiera prochainement d’un programme de réhabilitation.