Publication d'un rapport édifiant sur le lien entre la captivité et le trafic d'animaux sauvages

La fondation EMS et Ban Animal Trading ont publié cette semaine un rapport édifiant :
l’Afrique du Sud achemine des milliers d’animaux sauvages menacés
vers la Chine dans le cadre d’un commerce «corrompu et croissant»
Lutte contre le commerce d’espèces sauvages :
une étude pointe du doigt le commerce illégal de chimpanzés, de singes, de girafes,
de tigres et de lions, vendus par des exportateurs dans le cadre d’organisations criminelles.

L’enquête montre que les trafiquants sud-africains vendent illégalement des milliers d’animaux sauvages menacés d’extinction à la Chine, sous couvert d’exportations légales.

Des singes ont été volés dans leur milieu naturel et, tout comme des guépards, des tigres, des rhinocéros, des lions et des suricates, ils ont été victimes de trafic, vendus à des cirques, des parcs d’attraction, des laboratoires, des zoos et des «safari parks», ont découvert les enquêteurs.

Le rapport indique qu’au moins 5 035 animaux sauvages vivants ont été exportés vers la Chine, entre 2016 et 2019 – une estimation «extrêmement prudente» – y compris des chimpanzés et «un nombre incroyable» de girafes, qui «sont également consommées en Chine».

Les chercheurs ont découvert que certains trafiquants ont des liens avec des organisations liées au crime organisé international; le système est plein de faux permis, et pourtant aucun criminel n’a été poursuivi.

Après leur arrivée en Chine, où les lois sur le bien-être des animaux en captivité sont «inexistantes», les animaux d’Afrique du Sud deviennent souvent introuvables ou disparaissent, ce qui suggère qu’ils sont morts ou ont été vendus, selon le rapport.

Pour aggraver les choses, «traiter la faune comme s’il s’agissait simplement d’une marchandise» dans ce trafic en plein expansion, risque de «déclencher une myriade de maladies de type Covid».

Les groupes Ban Animal Trading (BAT) et la fondation caritative EMS, basés en Afrique du Sud, ont examiné les exportations d’animaux sauvages de 2016 à 2019. Ils dénoncent le mythe selon lequel le commerce légal évince le commerce illégal et que les animaux sont bien traités dans des conditions légales.

“Le commerce légal est si étroitement lié au commerce illégal qu’ils sont indissociables”, indique le rapport. «La recherche démontre que le commerce d’animaux sauvages d’Afrique du Sud vers la Chine est entaché d’irrégularités qui sont exploitées par les trafiquants. Il existe de grandes failles dans le système mondial dans les domaines de l’obtention de permis, de l’application des lois et du contrôle. »

Les zoos, ainsi que les intermédiaires et les grossistes, sont à l’origine du trafic d’animaux capturés dans la nature, vers des destinations qui souvent n’existent même pas; la plupart des permis ne respectent pas la réglementation et personne ne les contrôle, ce qui signifie que la plupart des exportations d’animaux sauvages qui ont eu lieu entre 2016 et 2019 étaient probablement illégales, selon les auteurs du rapport.

La réglementation «échoue lamentablement, donnant un faux sentiment de sécurité à ceux qui croient que le commerce international des espèces sauvages est justifié et durable» tandis que «ce sentiment de sécurité est trompeur : loin de contribuer à la conservation, le commerce légal est l’un des principaux facteurs qui minent actuellement la conservation. »

Les deux groupes ont examiné la portée du commerce sud-africain avec Pékin, en se rendant sur les lieux de destinations des animaux indiqués sur les documents, en examinant les licences et en analysant les données de la Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction (CITES).

«Notre enquête sur les parcs d’attraction et les zoos a révélé que presque tous les primates qui s’y trouvent ne sont pas élevés en captivité, mais ont été capturés dans la nature et commercialisés illégalement hors d’Afrique et d’Indonésie», selon l’étude, qui indique également que les éleveurs sud-africains de primates exotiques exportent chaque année des centaines de ouistitis pour fournir les laboratoires ou pour des élevages élevages chinois.

Le commerce des chimpanzés a enfreint plusieurs lois, mais il n’y a eu aucune répercussion, selon les groupes.

Plus de 100 girafes sud-africaines ont été envoyées dans un zoo chinois qui détient le record du monde pour avoir le plus grand nombre d’animaux hybrides «qui n’ont aucune valeur de conservation».

Mais un réseau mondial de faux permis d’exportation permet une fraude généralisée, avec de fausses déclarations de commerces, d’agents et d’exportateurs. «Une fois que les animaux quittent l’Afrique du Sud, il est impossible d’identifier où ils vont atterrir».

Le gouvernement sud-africain a déclaré que le pays se classait au cinquième rang des pays africains les plus riches et au 24e rang mondial pour le nombre d’espèces endémiques de mammifères, d’oiseaux, de reptiles et d’amphibiens. Il indique que les ventes de cornes de rhinocéros sont soumises à une réglementation stricte.
L’Afrique du Sud n’est pas le seul pays à vendre des espèces sauvages à l’Asie. Le Zimbabwe exporte régulièrement de jeunes éléphants vers les zoos de Chine depuis 2012… 108 en tout, selon Humane Society International.

Le Zimbabwe a déclaré que le pays avait plus d’éléphants qu’il ne pouvait en supporter et qu’il devait être autorisé à bénéficier de ce “surnombre”.

La demande en produits fabriqués à partir d’animaux sauvages reste élevée en Chine, une enquête de 2018 ayant révélé que le “vin de tigre” était ouvertement vendu dans les magasins. Les auteurs du rapport notent que la consommation d’animaux, y compris de tigres, menaçant les populations sauvages, est légitimée par l’élevage en captivité. Selon le WWF, il y a plus de tigres en captivité dans le monde que dans la nature.

Les auteurs du rapport disent que des photos prises dans des centres d’importation chinois, montrant des enclos vides, «racontent l’histoire du non-respect du bien-être animal et de cupidité pure», tandis que le commerce d’espèces sauvages permet à des virus de type Covid de se propager.

Appelant à des «changements profonds» pour empêcher l’exploitation de la faune et prévenir l’apparition de nouveaux virus, l’étude avertit: «Un changement de paradigme mondial est nécessaire si nous voulons empêcher de un trafic international qui déclenche des pandémies et les virus de type Covid».

Parmi les changements à mettre en place, l’interdiction des marchés d’animaux vivants, appelés “wet markets», de l’élevage d’animaux sauvages en captivité et l’interdiction simple du commerce et de la consommation d’espèces sauvages.

“Rien ne prouve que le commerce légal diminue d’une quelconque manière le commerce illégal”, indique le rapport. “Au contraire, la présence d’un commerce légal normalise la consommation et encourage la demande d’animaux d’origine sauvage pour une utilisation et une consommation commerciales.” Et il condamne l’idée de marchés bien réglementés comme écran de fumée qui masque les profits.

«Les animaux confinés à la vie en captivité sont privés de bien-être, et nous érodons notre propre humanité en continuant à accepter ce système», dit le document.

Il y a deux ans, un rapport des mêmes groupes a conclu que le commerce croissant d’os de lions d’Afrique du Sud devait être stoppé, et que l’élevage de lions et de tigres à des fins commerciales devait prendre fin.
Crédit Photos : Tara Lambourne Photography

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